CARNET DE PARFUMEUR - MATIERES PREMIERES #2 : LA FIGUE

CARNET DE PARFUMEUR - MATIERES PREMIERES #2 : LA FIGUE

La figue en parfumerie

une matière première... qui ne tient pas en un seul fruit

Verte, fraîche, râpeuse, lactée, sucrée, boisée… La figue est l'une des notes les plus fascinantes de la parfumerie contemporaine. Pourtant, une question se pose : que sent réellement une figue ? Le fruit mûr que l'on déguste en été ? Sa peau aux nuances pourpres ? La feuille du figuier froissée entre les doigts ? Ou le lait blanc du latex qui s'écoule d'une branche coupée ? En parfumerie, la figue est rarement une seule matière. C'est tout un paysage. Ancrée dans la mémoire. 

Le figuier, un arbre venu de Méditerranée

Avant d'être une note parfumée, la figue est le fruit du figuier commun, Ficus carica.

Cultivé depuis des milliers d'années, le figuier est l'un des arbres fruitiers les plus anciens associés aux civilisations du bassin méditerranéen et du Moyen-Orient. Son histoire est intimement liée à celle de l'homme : on retrouve sa culture et sa consommation dans de nombreuses civilisations anciennes, de la Méditerranée orientale jusqu'au bassin méditerranéen.

Aujourd'hui, le figuier est cultivé dans de nombreuses régions au climat chaud et sec, notamment autour de la Méditerranée, mais aussi en Turquie, en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et dans certaines régions d'Asie et d'Amérique.

Mais ce qui rend le figuier particulièrement intéressant en parfumerie, c'est qu'il ne possède pas une seule identité olfactive.

Il y a :

  • le fruit, doux, pulpeux et légèrement miellé
  • la peau, parfois verte, parfois presque vineuse lorsqu'elle est très mûre
  • la chair, moelleuse et lactée
  • la feuille, verte, sèche, aromatique et râpeuse
  • le bois, chaud et solaire
  • le latex blanc, cette sève qui apparaît lorsque l'on casse une feuille ou une branche.

La figue ne se résume donc souvent pas au fruit, mais à l’environnement qui l’entoure.

Quelle odeur sent réellement la figue ?

Comme pour la noix de coco, notre imagination olfactive est souvent plus puissante que la matière elle-même.

Nous pensons connaître l'odeur de la figue.

Mais lorsque l'on approche son nez d'une figue fraîche, son parfum peut être étonnamment discret.

La « figue » que nous identifions immédiatement dans un parfum est souvent davantage inspirée de l'odeur du figuier dans son ensemble que du fruit seul.

Et c'est probablement là que réside toute sa beauté.

Sentir une figue en parfumerie, c'est parfois avoir l'impression de s'asseoir sous un figuier en plein été.

Le soleil chauffe le bois.

Une feuille est froissée entre les doigts.

Le fruit mûr s'ouvre, sucré et juteux.

Et une goutte de latex blanc apparaît sur la branche et s’écoule à sa surface.

 

La figue en parfumerie : matière ou illusion ?

Comme beaucoup de fruits, la figue fraîche ne se prête pas facilement à la production d'une huile essentielle classique. Son odeur est délicate et ses composés odorants ne peuvent pas simplement être capturés comme on distille la lavande ou le romarin.

On retrouve une huile de bourgeons de figuier, principalement utilisée en aromathérapie pour ses propriétés relaxantes et ses effets sur le système digestif. Cependant, on ne trouve pas d’huile essentielle de figue, dont l’odeur capturerait l’essence du parfum de la figue, utilisable en parfumerie.

La note figue est donc, très souvent, un accord de parfumerie.

Une illusion, interprétation du parfumeur qui la compose et qui peut révéler de multiples facettes, d’une figue verte et râpeuse, inspirée de la feuille de figuier, à une figue sucrée et gourmande, aux facettes lactées et boisées, symbole d’une figue mûre, presque confite.

Composer un accord figue relève bien souvent de peindre un décor, souvenir d’été, assis aux pieds d’un figuier dont le doux parfum berce nos souvenirs.

Mais il peut aussi être revisité avec des facettes beaucoup plus brutes, vertes, râpeuses, presque métalliques pour lui apporter beaucoup de modernité.

Comment les parfumeurs recréent-ils l'odeur de la figue ?

Comme toujours en parfumerie, il n'existe pas une seule recette.

Mais un accord figue peut s'appuyer sur plusieurs facettes.

La Stemone ou l’odeur de la feuille de figuier, le coeur de l'accord figue

La Stemone ou Stigemone est une matière première d’origine synthétique, découverte en 1967, très utilisée pour créer un accord figue : elle apporte un effet vert, râpeux, qui évoque la feuille de figuier.

La facette verte

C'est souvent elle qui apporte l'impression de fraîcheur à l’accord figue.

Des matières aux tonalités vertes, feuillues ou légèrement herbacées permettent aussi d'évoquer la feuille du figuier ou de la renforcer.

Le cis-3-hexenol avec sa facette herbe coupée apportera par exemple beaucoup de fraîcheur.

Le galbanum quant à lui apportera du mordant en renforçant l’effet râpeux, sec et boisé.

Mais attention aux dosages. Les notes vertes, très puissantes, nécessitent un travail d’équilibre où chaque goutte compte.  

La facette lactée

C'est probablement l'une des signatures les plus reconnaissables de certains accords figue.

Lorsqu'une branche ou une feuille de figuier est coupée, elle laisse apparaître un latex blanc. Lacté, végétal, râpeux. Cette image a profondément nourri l'imaginaire olfactif de la figue.

En parfumerie, des matières crémeuses, lactoniques ou légèrement coco peuvent être utilisées pour suggérer cette sensation de lait végétal.

C'est un point particulièrement intéressant : une note coco peut parfois participer à la construction d'une figue, sans que le parfum sente pour autant la noix de coco. En effet, on retrouvera la même famille de matières premières pour cet effet lacté et fruité : les lactones.

La facette fruitée

La figue mûre apporte ensuite sa chair. Douce. Juteuse. Veloutée. Légèrement sucrée.

Des notes fruitées, miellées, légèrement confiturées ou même vineuses peuvent venir enrichir l'accord selon l'interprétation recherchée.

Une figue peut ainsi être :

fraîche et verte, comme un fruit encore accroché à sa branche ;

ou mûre et pulpeuse, presque confite par le soleil.

 

La facette boisée et solaire, symbole de l’arbre sous la chaleur du soleil d’été

Enfin, beaucoup de parfums à la figue ne s'arrêtent pas au fruit.

Ils cherchent à recréer l'arbre.

Des notes boisées peuvent alors apporter une sensation de branche chauffée par le soleil, de bois sec ou de jardin méditerranéen.

C'est souvent ce qui transforme une simple note fruitée en véritable paysage olfactif.

 

Une odeur plus complexe qu'elle n'en a l'air

La figue est un excellent exemple de ce que la parfumerie sait faire de mieux. Un travail d’équilibre où le parfumeur est artiste et chimiste. Peintre d’une figue tantôt verte et moderne, tantôt sucrée et juteuse et tantôt sèche et râpeuse.

Une matière aux milles facettes, illusion aux milles variantes, pour raconter une histoire toujours personnelle.

 

Pourquoi la figue nous fait-elle autant rêver ?

Il y a des odeurs qui évoquent un lieu. Un instant. Un souvenir.

La figue est de celles-là.

Elle transporte immédiatement vers un imaginaire méditerranéen.

Un jardin en été.

Une maison aux volets ouverts.

Le soleil de la fin d'après-midi.

Une table installée à l'ombre.

Le parfum d'une feuille chauffée par la soleil.

Un lait blanc collant sur les doigts.

Mais la figue possède aussi quelque chose de plus intime.

Contrairement à certains fruits très démonstratifs, elle ne cherche pas à séduire par l'intensité.

Son odeur est souvent plus douce. Plus proche de la peau. Plus contemplative.

C'est peut-être pour cela qu'elle s'intègre si bien dans la parfumerie contemporaine.

Après des années dominées par les fruits très sucrés et les gourmandises spectaculaires, la figue offre une autre vision de la gourmandise.

Une gourmandise moins sucrée. Plus végétale. Plus naturelle dans son imaginaire.

De la Méditerranée à la peau : une note devenue iconique

La figue occupe aujourd'hui une place particulière dans la parfumerie. Elle peut être fraîche et lumineuse, mais aussi boisée, lactée, sensuelle ou même presque minérale.

Cette polyvalence explique pourquoi elle a inspiré plusieurs créations devenues iconiques.

Son nez emblématique est la parfumeur Olivia Giacobetti qui sera la première à proposer un travail autour de la figue et de la note de figuier dans le parfum Premier Figuier de L’Artisan Parfumeur en 1994.

Deux ans plus tard, en 1996, elle créera aussi Philosykos de Diptyque, devenue l’une des interprétations les plus connues et appréciées de la figue en parfumerie. La création n’est pas une simple figue, mais un hommage à toutes les facettes qui font l’entièreté du figuier : sa feuille verte et râpeuse, son bois sec et chaud, sa sève douce et lactée. Un instant suspendu sous un figuier en Méditerranée.

Aujourd’hui encore la figue inspire les parfumeurs. Tantôt crémeuse et sensuelle, tantôt verte et sèche. Elle représente une nouvelle facette de la parfumerie gourmande qui se transforme pour délaisser ses accords caramel aux profits d’une gourmandise plus lactée et végétale. Littéralement moins sucrée.

Plus qu'un fruit, un paysage

La figue est peut-être l'une des plus belles démonstrations de la différence entre une matière première et une note olfactive.

Une matière première est quelque chose que l'on peut toucher, récolter, transformer.

Une note, elle, peut être beaucoup plus vaste.

La figue en parfumerie n'est pas toujours le parfum exact d'une figue.

C'est parfois le souvenir d'un fruit mûr. Le lait blanc d'une branche coupée. Une feuille froissée entre les doigts. Un arbre chauffé par le soleil. La Méditerranée.

Et peut-être est-ce justement pour cela qu'elle nous touche autant.

Parce qu'au fond, nous ne sentons pas simplement une figue. Nous sentons tout l'univers qui l'entoure.

 

Vous pouvez retrouver l'interprétation de la figue dans le parfum Matin Tendre de la collection Eione Parfums

Back to blog